Quelque part au sud du mont Fuji, une péninsule volcanique s’avance dans l’océan Pacifique, sculptée par le feu et adoucie par l’eau. Ici, les falaises plongent brutalement dans le bleu du Pacifique, et sous chaque colline semble sommeiller une source prête à jaillir.
Il y a des régions que l’on visite pour leurs monuments, et d’autres pour ce que la terre elle-même y a façonné. Izu appartient sans détour à la seconde catégorie. Cette péninsule, née de la collision lente entre la plaque tectonique philippine et la plaque d’Okhotsk, porte dans chacun de ses reliefs la mémoire d’un sous-sol qui n’a jamais cessé de s’agiter — et qui continue, aujourd’hui encore, d’offrir aux visiteurs des paysages et des eaux thermales que l’on ne trouve nulle part ailleurs si près de Tokyo.
Une terre née du feu, deux arcs volcaniques sous les pieds
Ce qui rend Izu géologiquement unique, c’est sa position à la rencontre de deux arcs volcaniques encore actifs. Ce sous-sol tourmenté explique à la fois la violence sculptée de ses côtes et la générosité de ses eaux chaudes. Des volcans endormis dessinent l’intérieur des terres : le mont Ōmuro, cône presque parfait recouvert d’une herbe rase, conserve la forme exacte d’un bol laissé par d’anciennes éruptions, tandis que le mont Amagi, point culminant de la péninsule, déploie une succession de sommets — Banjirō, Banzaburō — qui, par temps clair, offrent une vue directe sur la silhouette du mont Fuji lui-même. À leurs pieds, la cascade de Jōren-no-Taki dévale au milieu de champs de wasabi cultivés dans une eau de source d’une pureté remarquable, tandis que les rivières voisines nourrissent une pêche à la truite discrète mais réputée.
Des falaises que l’océan n’a jamais fini de sculpter
C’est pourtant sur ses côtes qu’Izu déploie son visage le plus spectaculaire. À la pointe sud de la péninsule, le cap Irōzaki déroule des falaises escarpées, taillées par des siècles d’assaut des vagues du Pacifique, où un phare isolé offre une vue vertigineuse sur l’océan et sur les côtes découpées environnantes ; on peut même en faire le tour en bateau, pour apprécier depuis la mer l’ampleur de ce relief façonné par l’érosion. Plus au nord-ouest, la côte de Dōgashima multiplie les formations rocheuses spectaculaires, criques secrètes et grottes marines sculptées par le ressac, dont l’une aurait directement inspiré certains décors du film d’animation Porco Rosso — un rappel que ces paysages ont depuis longtemps nourri l’imaginaire autant que les guides touristiques.
Sur la façade ouest, tournée vers la baie de Suruga, le village de Heda offre par temps clair l’une des plus belles perspectives sur le mont Fuji depuis la mer, tandis que Toi, un peu plus au nord, conjugue plages tranquilles et sources thermales dans un cadre plus intimiste. Entre Shimoda et Dōgashima, le village côtier de Matsuzaki, considéré comme l’un des cent plus beaux villages du Japon, conserve près de deux cents maisons de style namako, aux murs en losanges blancs sur fond noir, plantées face à une mer qui semble n’avoir jamais cessé de redessiner ce littoral.
Un royaume de sources chaudes, à chaque virage de côte
Mais la véritable signature d’Izu, celle qui attire depuis des générations les habitants de Tokyo en quête d’évasion, reste ses onsen. À Atami, porte d’entrée de la péninsule à peine 45 minutes de Shinkansen de la capitale, l’une des plus anciennes sources thermales du Japon jaillit au fond d’une grotte, à une température dépassant les 70 degrés — un rappel brut de la puissance géologique qui sommeille sous ces collines. Un peu plus au sud, l’onsen d’Atagawa, que l’on dit découvert au XVe siècle par le samouraï Ōta Dōkan, continue depuis des siècles d’apaiser les baigneurs, tandis qu’à Shuzenji, dans les terres, l’une des plus vieilles stations thermales de la péninsule prolonge une tradition de bain vieille de plus de mille ans, à l’ombre d’un temple fondé en 807.
Chaque source semble ici porter sa propre personnalité : eaux sulfureuses aux vertus dermatologiques à Shimokamo, bassins nichés en pleine nature à Kawazu, établissements aux dizaines de bains intérieurs et extérieurs donnant parfois sur des jardins tropicaux. Certains onsen de la péninsule accueillent même une faune inattendue : au zoo Shaboten d’Izu, ce sont des capybaras qui, chaque hiver, viennent se blottir dans leur propre bassin fumant — spectacle aussi incongru qu’attendrissant, devenu l’une des images les plus partagées de la région.
Une nature qui change de visage à chaque saison
Izu ne se limite pas à ses eaux et à ses falaises : elle cultive aussi une nature intérieure généreuse, faite de cascades et de forêts. Près de Kawazu, sept chutes d’eau, allant de 2 à 30 mètres de hauteur, ponctuent un sentier bordé de cerisiers qui, dès février, se couvre des célèbres fleurs de Kawazu-zakura — une variété précoce et particulièrement colorée, qui fait de la région l’un des tout premiers endroits du Japon où admirer les sakura chaque année. Sur le plateau d’Inatori Hosono Kōgen, les hautes herbes et la flore rase offrent des panoramas ouverts sur l’océan, loin de l’agitation des stations balnéaires les plus fréquentées.
Ce que l’on retient, entre falaise et source chaude
Ce que l’on retient d’Izu, en définitive, ce n’est pas un site précis mais cette sensation continue d’une terre encore en mouvement — des falaises que la mer continue de creuser, des sources qui continuent de jaillir, une nature volcanique qui n’a jamais cessé de rappeler, sous une apparence de calme balnéaire, la puissance qui l’a façonnée. Izu ne se contente pas d’être belle : elle est belle parce qu’elle reste, quelque part sous la surface, toujours un peu vivante.
Eté 20103